MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE dite DE JUILLET (2.8.1830 au 6.5.1848)
Le mot de Laurent Sailly pour le blog Grandes Chroniques de
France
La Monarchie de Juillet naît après les Trois Glorieuses
des 27‑29 juillet 1830, qui renversent Charles X. Louis‑Philippe d’Orléans
devient « roi des Français » et non plus « roi de France », marquant une
rupture symbolique avec la monarchie de droit divin. Il règne « par la grâce de
Dieu et la volonté nationale », formule hybride entre tradition et souveraineté
populaire. La Charte de 1814 est révisée : renforcement du
parlementarisme, publicité des séances, responsabilité des ministres, fin de
l’article 14 permettant les ordonnances de sûreté de l’État.
Un régime libéral… mais censitaire : Libertés
publiques consolidées : presse, religion ; le catholicisme cesse d’être
religion d’État ; le cens électoral est abaissé, mais reste
très restrictif ; le refus d’élargir davantage le corps électoral sera une
cause directe de la chute du régime en 1848.
Quadruple opposition du régime
Le régime affronte simultanément :
- Légitimistes
: partisans du retour des Bourbons.
- Bonapartistes
: autour de Louis‑Napoléon Bonaparte, exilé en Suisse.
- Républicains
: étudiants, ouvriers, sociétés secrètes, impliqués dans les insurrections
des canuts (1831, 1834).
- Socialistes
: saint-simoniens, fouriéristes, blanquistes, dénonçant les inégalités
issues de la révolution industrielle.
Divisions internes de l’orléanisme
Deux courants s’opposent :
- Parti
du mouvement (Thiers, Tocqueville) : réformes, libéralisme,
élargissement du suffrage ; lois scolaires de 1833 et loi de 1841 sur le
travail des enfants.
- Parti
de la résistance (Périer, Guizot) : maintien strict de la Charte,
ordre et stabilité, répression des révoltes.
Une stabilité apparente sous Guizot (1840‑1848)
- Guizot
privilégie la paix extérieure (rapprochement avec l’Angleterre) et
le développement économique intérieur.
- Sa
formule « Enrichissez-vous » résume l’esprit bourgeois du régime.
- Le
refus obstiné de réformer le système électoral cristallise les
mécontentements :
- Les
modérés veulent abaisser le cens.
- Les
républicains réclament le suffrage universel.
- La crise
économique de 1846 aggrave la situation.
La chute (février 1848)
- Les
opposants organisent des banquets réformistes dans toute la France
; celui du 22 février 1848 à Paris est interdit par Guizot.
- Manifestations,
tirs de la Garde nationale (52 morts), barricades.
- Le
24 février, Louis‑Philippe abdique et s’enfuit en Angleterre ; la Deuxième
République est proclamée.
La Monarchie de Juillet fut un régime libéral mais
profondément censitaire, incapable de résoudre les tensions sociales et
politiques nées de la modernisation économique, et qui s’effondra lorsque la
demande de réforme électorale devint irrésistible.
