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Paul BARRAS, directeur (1.11.1795 au 9.11.1799)


Le mot de Laurent Sailly pour le blog Grandes Chroniques de France

Paul Barras apparaît comme une figure centrale et ambiguë de la Révolution française : militaire efficace, acteur décisif de Thermidor, faiseur de pouvoir (notamment pour Bonaparte), mais aussi symbole de la corruption du Directoire. Sa carrière culmine avec son rôle de directeur, avant d’être balayé par le 18‑Brumaire.

Issu d’une famille noble provençale ; carrière militaire précoce, campagnes aux Indes et sous Suffren. Il quitte l’armée après la guerre d’Indépendance américaine.

Il émerge « inopinément » comme député du Var à la Convention : siège à la Montagne, vote la mort de Louis XVI. En mission dans le Midi avec Fréron : répression sévère, Terreur locale, rappel pour exactions en 1794.

Supervise la reprise de Toulon, repère le talent du jeune Bonaparte et favorise son ascension. Le 9‑Thermidor, commande l’action militaire qui renverse Robespierre. Il reste prudent face à la réaction thermidorienne et se positionne comme défenseur militaire de la République.

Commandant de l’armée de l’Intérieur, il confie à Bonaparte la répression de l’insurrection royaliste du 13‑Vendémiaire. Il joue un rôle dans la rencontre Bonaparte–Joséphine et dans la nomination de Bonaparte à l’armée d’Italie.

Seul directeur à rester en fonction durant les quatre années du régime (1795‑1799). Réputation sulfureuse : symbole de la corruption du Directoire dans la mémoire collective même si Barras n’est pas un opportuniste mais un représentant constant de la gauche gouvernementale, hostile aux restaurations royalistes. Il soutient Fouché, protège les babouvistes, renforce l’aile jacobine modérée. Son « coup de maître » : le coup d’État de Fructidor (1797), qui brise les tentatives royalistes de Pichegru et Carnot.

Bonaparte, de retour d’Égypte, obtient sans difficulté la démission de Barras le 18‑Brumaire, puis l’écarte du pouvoir. Bonaparte le méprise ouvertement (« Quand Barras aura mangé sa fortune… »).

Barras, marginalisé, intrigue contre le nouveau régime, se rapproche des royalistes. Assigné à résidence, exilé, emprisonné, il retrouve la liberté en 1814 et finit sa vie paisiblement sous les Bourbons, qui ont intérêt à ménager cet ancien adversaire devenu inoffensif .

Barras incarne à lui seul les ambiguïtés d’une période où la République survit grâce à des hommes dont la vertu n’est pas la première qualité.