NAPOLEON III, président de la République (10.12.1848 au 2.12.1852), empereur des Français (2.12.1852 au 4.9.1870)
Le mot de Laurent Sailly pour le blog Grandes Chroniques de
France
Louis‑Napoléon Bonaparte, né
en 1808, grandit dans l’ombre du Premier Empire et sous le poids d’un héritage
familial déterminant. Fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande, et d’Hortense
de Beauharnais, il est élevé dans le culte de Napoléon Ier, conviction renforcée
par l’éducation républicaine et exigeante de Philippe Le Bas et par l’attitude
de sa mère, qui nourrit en lui l’idée d’un destin exceptionnel . L’exil imposé
aux Bonaparte après 1815 forge son caractère et son ambition politique.
Très tôt, il élabore une
doctrine originale, exposée dans Des idées napoléoniennes (1839), où il
réinterprète l’héritage impérial comme un projet conciliant ordre et liberté,
exécutif fort et suffrage universel. Il y développe l’idée d’un « césarisme
démocratique » fondé sur la figure de l’homme providentiel et sur le lien
direct entre le peuple et le souverain, consolidé par le plébiscite. Son
bonapartisme inclut aussi une dimension sociale : influencé par le
saint-simonisme, il défend le développement économique, les grands travaux et
la modernisation du crédit, tout en cherchant à limiter les effets destructeurs
de l’industrialisation sur les classes populaires.
Avant d’accéder au pouvoir,
Louis‑Napoléon mène une vie de conspirateur. Ses tentatives de coups d’État à
Strasbourg (1836) et Boulogne (1840) échouent, révélant autant son audace que
son impréparation, et le conduisent à la prison de Ham, où il approfondit sa
pensée politique et sociale. Son évasion en 1846, déguisé en ouvrier, contribue
à sa légende personnelle.
La révolution de 1848 lui
offre l’occasion décisive : élu député puis président de la République au
suffrage universel masculin, il s’impose par une stratégie mêlant prudence,
voyages de propagande et constitution d’un parti personnel, le « parti de l’Élysée
» . Le refus de l’Assemblée de réviser la Constitution pour lui permettre un
second mandat le pousse au coup d’État du 2 décembre 1851, légitimé ensuite par
plébiscite.
Devenu empereur en 1852,
Napoléon III reconstitue une cour brillante et s’appuie sur un entourage mêlant
famille, fidèles de jeunesse et conseillers influents comme Persigny ou Morny.
Son règne est marqué par une modernisation profonde : transformation de Paris
par Haussmann, essor industriel, expositions universelles, diplomatie active et
rôle d’arbitre européen après la guerre de Crimée.
Mais ses ambitions se heurtent
aux réalités politiques : soutien à l’unité italienne limité par la nécessité
de ménager les catholiques, réformes sociales timides, santé déclinante à
partir de 1863, et montée en puissance de la Prusse qu’il sous-estime. L’échec
mexicain et l’incapacité à moderniser l’armée aggravent la situation.
La guerre de 1870, qu’il finit
par accepter sous la pression, conduit à la défaite de Sedan, à sa capture et à
la chute de l’Empire . Exilé en Angleterre, il meurt en 1873. Longtemps
discréditée, sa mémoire fait l’objet d’une réévaluation historiographique
depuis la seconde moitié du XXᵉ
siècle.
Napoléon III. La modernité inachevée
Victime de sa légende noire, Napoléon III a longtemps été le plus méconnu et le plus mal-aimé de nos souverains. Tout juste cent cinquante ans après sa mort, l'ouvrage de Thierry Lentz revient sur cette période décisive de 1848 à 1870, où la France entre véritablement dans la modernité. À l'aide de sources inédites, conservées à la BnF et aux Archives nationales, en s'appuyant sur les mémoires de militaires et de ministers ainsi que sur les riches archives de la famille impériale, il brosse un portrait à rebrousse-poil de l'empereur, évoquant tour à tour son enfance marquée par l'exil et la défaite de son oncle Napoléon Ier, sa jeunesse aventureuse, l'élaboration de sa pensée politique, sa marche vers le pouvoir, son bilan intérieur et sa politique étrangère.
L'ouvrage est servi par une iconographie somptueuse, mettant en avant quelques-uns des trésors du patrimoine national, tels les manuscrits de Victor Hugo, d'Émile Zola, les sublimes gravures du Monde illustré ou les premières photographies de Gustave Le Gray ou de Disdéri, qui donnent à voir les visages de l'impératrice Eugénie, du prince impérial et des autres acteurs du règne. Ces œuvres, dont certaines proviennent des collections privées de Napoléon III ou de son entourage, témoignent des expositions universelles, des grands travaux parisiens du préfet Haussmann, des voyages et des fêtes officielles, mais aussi des conflits majeurs du règne, comme la guerre de Crimée et l'expédition du Mexique, sans oublier la défaite de Sedan et l'exil de la famille impériale. Tout l'art de Thierry Lentz, biographe chevronné et spécialiste incontesté des Bonaparte, consiste à faire dialoguer un texte solidement documenté avec des images rares, en offrant, en neuf chapitres parfaitement équilibrés, un panorama complet et synthétique du règne de Napoléon III, revenant sur ses réussites aussi bien que sur ses échecs.
Éditeur : Perrin (20 octobre 2022)
Langue : Français
Broché : 256 pages
ISBN-10 : 2262096813
ISBN-13 : 978-2262096816
Poids de l'article : 770 g
Dimensions : 18.4 x 2.4 x 26.2 cm
