Jean-François REUBELL, directeur (1.11.1795 au 16.5.1799)
Le mot de Laurent Sailly pour le blog Grandes Chroniques de
France
Avocat à Colmar, bâtonnier, provincial n’ayant jamais
quitté l’Alsace avant 1789 . Député du tiers état à la Constituante, il se
distingue par son opiniâtreté et ses combats contre : les princes
possessionnés étrangers en Alsace, les privilèges du clergé, puis
les prêtres réfractaires, les discriminations envers les hommes de
couleur, mais aussi par son hostilité virulente à l’émancipation des
juifs. Il incarne ces députés qui, tout en devant construire une nation
nouvelle, restent marqués par leurs préjugés locaux.
Élu à la Convention, il siège à la Montagne, mais y
reste discret, les régionalismes y étant mal vus. Il ne prend de l’importance
qu’après la chute de Robespierre, moment où commence pour lui une «
nouvelle jeunesse ».
Reubell se distingue par son autorité, sa rigidité,
son acharnement au travail et son ton coupant. Deux fois membre
du Comité de salut public, puis directeur, il devient un
spécialiste de la politique extérieure et prétend diriger la diplomatie
de la « Grande Nation » avec un succès inégal. Il participe activement à la réaction
thermidorienne antijacobine, tout en refusant tout retour sur la
destruction de l’Ancien Régime. Son anticléricalisme est central : pour
lui, républicanisme et lutte contre le clergé réfractaire sont presque
synonymes. Il s’allie à Barras contre les clichyens et joue un rôle dans
la préparation du coup d’État du 18 fructidor an V.
Il quitte le Directoire par tirage au sort en mai 1799, ce qui met fin à sa carrière politique. Sa rigidité et son caractère peu maniable l’avaient rendu impopulaire ; ses collègues le jugeaient volontiers « médiocre ».
