Abbé SIEYES, directeur (16.5 au 9.11.1799) puis consul (10.11 au 13.12.1799)
Le mot de Laurent Sailly pour le blog Grandes Chroniques de
France
Emmanuel Sieyès (1748‑1836) est un acteur majeur mais
paradoxal de la Révolution française :
théoricien brillant, intrigant prudent, influenceur décisif,
mais mauvais architecte constitutionnel dont les projets furent jugés
irréalistes. Il traverse tous les régimes en restant dans l’ombre, jusqu’à
jouer un rôle clé dans l’arrivée de Bonaparte
Né à Fréjus, ordonné prêtre malgré des réticences sur sa
vocation, il devient grand vicaire de Chartres en 1787 et publie en janvier
1789 la brochure Qu’est‑ce que le Tiers État ?, qui le rend
immédiatement célèbre et en fait un penseur politique central.
Rejeté par le clergé, il est élu député du Tiers état à
Paris. Il joue un rôle majeur en juin 1789 :
Serment du Jeu de paume, proclamation de l’Assemblée nationale ; puis se retire rapidement de la lumière,
cultivant une image de penseur secret et profond .
Sieyès entretient l’idée qu’il élabore en secret la «
meilleure constitution possible ». Mais chaque fois qu’il propose un projet
(1791, 1793, 1795, 1799), il est jugé confus, impraticable, voire ridicule. Malgré ces échecs, il conserve une réputation
d’oracle.
Député de la Sarthe, il siège au Marais, vote la mort du roi
et se « déprêtrise ». Robespierre le surnomme « la taupe de la Révolution ». Après
Thermidor, il revient au premier plan et siège deux fois au Comité de salut
public en 1795.
Sieyès refuse d’abord d’entrer au Directoire, frustré
de ne pas imposer ses idées constitutionnelles. Envoyé comme ambassadeur à
Berlin, puis réélu directeur en 1799, il cherche un général pour un coup d’État : Joubert (tué), Moreau (refuse), puis Bonaparte, qu’il
choisit faute de mieux .
Après le coup d’État, Sieyès devient consul provisoire mais
propose une constitution inapplicable, avec un « proclamateur‑électeur » sans
pouvoir réel. Bonaparte se moque de son projet et l’écarte un mois plus tard au
profit de Cambacérès.
Il reçoit un domaine en compensation et devient président du
Sénat, mais reste amer. Exilé à Bruxelles sous la Seconde Restauration,
portraituré par David, il revient après 1830 et finit sa vie diminué. Sa dernière
phrase célèbre serait : « Si
M. de Robespierre vient, dites que je n’y suis pas ».
