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Les routes du commerce (840-980)

Le monde paysan fut, jusqu’à une époque très récente, largement autarcique. A cette époque, les pays français étaient situés sur le grand axe commercial qui enserrait l’Europe, et qui partant de l’Angleterre se dirigeait vers Constantinople. Dans ce vaste circuit, les pays français occupaient une position un peu excentrique ; mais ils constituaient une région de transit pour l’important commerce entre l’Angleterre et l’Italie, et pour le commerce entre le Nord et l’Espagne.

Le caractère relativement moins développé du commerce en France est du à l’état des relations entre le monde franc et le monde musulman : les grandes villes orientales et méridionales d’Italie avaient trouvé moyen d’avoir avec les Musulmans – qui dominaient en Méditerranée – des relations en général très cordiales. L’inverse était vrai du monde franc, en guerre à peu près ininterrompue avec les Musulmans d’Espagne, d’Afrique et de Sicile. Il en résultat que le commerce maritime fut pour les Francs à peu près impraticable dans la Méditerranée occidentale, et que de multiples invasions musulmanes ont ruiné, au cours du IXème siècle et pour tout le Xème, la prospérité commerciale de villes comme Marseille et Arles.

Dans l’ensemble, cependant, le IXème et le Xème siècle voient s’amorcer une profonde transformation économique. Les invasions normandes et, dans une moindre mesure, magyares ont assurément ralenti ce développement, mais sans l’étouffer.

Trois phénomènes économiques sont particulièrement significatifs pour l’époque : l’argent, les marchés, les bourgs.

Le denier

A la monnaie d’or, qui seule existait à l’époque mérovingienne, succède, dès Pépin le Bref, le denier d’argent.

La pièce d’or avait une valeur intrinsèque très grande et servait donc dans les transactions internationales, dans le commerce de gros ou dans celui des marchandises précieuses. Le denier d’argent avait un pouvoir d’achat beaucoup plus réduit (et il existait aussi des oboles, ou demi-denier). C’était donc l’instrument monétaire des transactions quotidiennes, ordinaires, des achats et des ventes des gens du commun.

Le fait que l’époque mérovingienne n’ait connu que la monnaie d’or, tandis que l’époque carolingienne employa surtout la monnaie d’argent, prouve une transformation fondamentale : à l’époque mérovingienne, l’homme du commun ne disposait pas d’instrument d’échange à la mesure de ses besoins. Il devait se tirer d’affaire avec le troc. Le dernier d’argent, de l’époque carolingienne, permet et suppose une économie d’échange au niveau du paysan, qui vend ses surplus, du consommateur, qui achète la quantité qui lui manque ou le produit qui lui fait envie.

Une nouvelle monnaie

La capitulaire de Pitres de 864 est, avant tout, un capitulaire monétaire : la plupart de ses dispositions tendaient à réformer la monnaie. L’opération visait à remplacer le denier d’argent ancien par un nouveau denier plus léger, et cette mesure s’inscrit dans la grande évolution du prix de l’argent. Ce métal avait été abondant au VIIIème siècle. Le mouvement s’inversa au milieu du IXème siècle : l’argent, relativement plus rare, prit de la valeur par rapport à l’or. Comme seule la monnaie d’argent était d’usage courant, l’augmentation de la valeur de l’argent aurait du se traduire par un abaissement des prix ; on préféra diminuer le poids du denier. Il est facile de comprendre que les gens ressentirent la plus grande défiance envers ce denier plus léger et que, en général, ils refusèrent de le recevoir. Les gens eurent aussi une autre réaction ; ils diminuèrent le poids des denrées qu’ils échangeaient contre les nouveaux deniers, ou falsifièrent ces denrées.

Les marchés et les bourgs

En effet, les marchés se multiplient à cette époque.
Du marché permanent, le chemin n’est pas long vers des agglomérations commerciales, et, en effet, on les rencontre : ce sont les « bourgs ». Il s’agit, de toute évidence, d’une agglomération dont la fonction n’est pas exclusivement agricole, assurant des services dans les différents secteurs artisanaux. Ces bourgs furent fondés délibérément par un grand propriétaire, laïc ou ecclésiastique. Souvent on les rencontre accolés à des cités ; ce sont des « faubourgs », ou bourgs extérieurs.