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La conversion des peuples barbares (Ve-Xe)


Texte de Ivan GOBRY, extrait in La Civilisation Médiévale.



La conversion des Francs (Vème siècle)

Le premier baptême catholique d’un roi barbare fut celui de Clovis, roi des Francs saliens, ce qui valut à la France la réputation de « Fille aînée de l’Eglise ».
Le Baptême de Clovis résulta de la conjonction de plusieurs facteurs : moral ; affectif, politique. Le facteur moral fut certainement l’admiration qu’il professait pour les évêques gaulois.
Il s’était lié d’amitié avec Rémi. Rémi inaugura à son élection, en 459, l’épiscopat le plus long de l’histoire ecclésiastique : soixante-douze ans.

Le facteur politique fut le désir, puis la volonté, de Clovis, de régner sur une nation. Clovis, qui fut peut-être plus encore un génie politique qu’un génie militaire, respecta l’identité gallo-romaine. Tout en laissant ses guerriers se livrer au pillage, il se posait en protecteur des populations et laissait aux évêques le pouvoir religieux et civil. La Gaule franque était ainsi peuplée de citoyens à part entière, tous sujets au même titre d’un roi plein de considération pour les habitants de son royaume.

La conquête de la Gaule presque entière par Clovis s’explique ainsi facilement. Il n’avait à sa disposition qu’une armée faible en nombre. La victoire de Soisson fut obtenue avec ces faibles effectifs grâce à la rapidité de leur mouvement et au découragement des légionnaires romains. Ensuite, quand Clovis eut occupé toute cette partie de la Gaule, il ajouta à sa petite troupe, pour s’attaquer aux armées extérieures, des contingents temporaires prélevés sur le pays conquis. Mais, les forces militaires étant anéanties, ou simplement dispersées sans obédience dans les petites garnisons, il fit facile au roi salien, dont on connaissait à la fois la détermination et l’humanité, de prendre cité après cité sans presque tirer l’épée.

Ainsi, l’une des raisons qui l’ont incité à approfondir cette foi, ce fut, outre l’admiration qu’il nourrissait pour le clergé gaulois, le besoin d’être à l’unisson de cette nation sur laquelle il souhaitait régner.

Le facteur affectif fut Clotilde. La femme tenait une grande place chez ces Barbares germaniques ; elle jouissait d’une grande liberté et, quand elle le désirait, elle influençait fortement la politique.

Certes lié à une concubine qui lui avait donné un fils, Thierry, Clovis était toujours célibataire. Les compagnons d’arme de Clovis trouvèrent une princesse burgonde, fille du défunt roi Chilpéric. Le mariage eut lieu presque aussitôt. Clovis, amoureux de cette femme aussi énergique que belle, subit fortement son influence.

Puis il y eut cette fameuse bataille contre les Alamans, livrées en 495. Dans cette lutte acharnée, les Francs se mirent soudain à plier. Selon Grégoire de Tours, Clovis invoqua alors Jésus-Christ, Dieu de Clotilde, et lui promit de demander le baptême s’il obtenait la victoire. Celle-ci lui fut donnée, le roi entra dans l’Eglise la nuit de Noël de la même année.

Il faut en conclure que, si la victoire obtenue fut déterminante, la lente influence de Clotilde l’y prépara fortement.

Une autre remarque importante concerne les trois mille guerriers qui accompagnèrent le roi à la cuve baptismale. Les historiens ont tendance à voir dans ce geste collectif une obéissance irresponsable. Or, cette élite de la noblesse, qui entourait quotidiennement Clovis, était prête au baptême.

La conversion des Burgondes (Vème siècle)

Ce peuple, qui faisait partie de la vaste ethnie teutonique, avait quitté les bords de la Baltique à la fin du IVe siècle. Sous leur roi Gondahaire, ils passèrent le Rhin en 407 et s’établirent sur la rive gauche du fleuve entre Mayence et Spire. Pris en tenaille entre les Romains dans le dos et les autres Barbares qui tentaient d’envahir la Gaule, Gondahaire accepta de jouer le rôle d’auxiliaire et de chien de garde de l’Empire. Ce rôle ne lui réussit pas, et lui valut être la victime tour à tour des deux ennemis ; ayant voulu étendre son territoire vers Trèves, il fut vaincu par Aétius (435), et dut s’employer à barrer la route aux Huns ; il fut défait par eux et périt dans la mêlée avec vingt mille guerriers (436).

Il laissait rois fils : Gondéric, Gondioch, Chilpéric. L’aîné, réunissant ce qui lui restait de l’armée décimée, se joignit aux troupes d’Aétius pour attaquer Attila. Il périt en même temps que le roi des Wisigoths, Théodoric 1er. Aétius assigna aux survivants un royaume taillé pour eux dans l’est de la Gaule. Les deux puînés de Gondéric se partagèrent le territoire : à Gondioch les vallées de la Saône et du Rhône, de Langres à Avignon ; à Chilpéric la montagne entre le lac de Constance et Grenoble, avec Genève pour capitale. Ce fut à ce moment que Chilpéric, devenu patrice des Gaules, sous l’influence de sa femme se convertit au catholicisme. Ce fut aussi à ce moment, probablement, que Gondioch embrassa l’arianisme. Chilpéric mourut sans postérité, assassiné, semble-t-il, par l’ambitieux Gondioch. Celui-ci restait, pour peu de temps, maître du royaume burgonde.

Il mourut en effet en 476, et ses quatre fils se partagèrent son royaume : Gondebaud, aîné, à Lyon ; Chilpéric II (père de Clotilde) à Genève ; Gondemar à Vienne ; Godegisil à Besançon.

Les rois burgondes étaient des ariens peu zélés. Chilpéric avait laissé sa femme élever ses filles dans la religion catholique. Gondebaud, le chef de famille, entretenait des relations d’amitié avec les évêques catholiques.

A peine était-il en terre que son fils Sigismond, héritier du trône, se proclama catholique.

La conversion des Suèves (VIème siècle)

Ce peuple, d’abord stationné au nord de la Germanie, commença, comme les peuples voisins, sa marche vers le sud au 1er siècle avant Jésus-Christ. Il se fixa sur la rive droite du Rhin moyen, dans une région qui garda ensuite leur souvenir sous le nom de Souabe. Quand les Vandales et les Saône, au début du Ve siècle, se jetèrent sur le Gaule, la plus grande partie des Suèves les accompagnèrent jusqu’en Espagne (409). Sous leur roi Hermenric, ils occupèrent la Galice. Mais, en voulant s’étendre vers le sud, ils se heurtèrent aux Vandales de Genséric, qui les défirent près de Mérida (429). Après la mort de Hermenric, en 440, la couronne passa à Rechilda, tandis que les Wisigoths s’emparaient des autres provinces d’Espagne.

Au contact des évêques catholiques, le fils et le successeur de Rechilda, Rechiaric, demanda le baptême (448), et la plus grande partie de son peuple le suivit dans l’Eglise. Mais son successeur Remismund adhéra à l’arianisme et propagea cette religion chez les Suèves.

Ce fut sous le roi Théodomir que les Suèves entrèrent à nouveau dans l’Eglise catholique. Le fils du roi était si gravement malade, qu’il fit vœu sur les reliques de saint Martin, d’adopter la foi catholique si son fils guéri. Exaucé, il demanda le baptême (v 560). En 563, les évêques de Galice proclamèrent la nation suève fidèle à la foi de Nicée et soumise au siège de Rome.

La conversion des Wisigoths

Ce peuple germanique, venu des rives de la Baltique par les vallées du Dniepr et du Dniestr, s’établit au nord du Danube inférieur au début du IIIe siècle. D’abord tenu en respect par les légions romaines, il franchit le fleuve en 238, s’implanta progressivement en Mésie, en Thrace, en Dacie, en Pannonie. Ce fut alors qu’un de ses fils, Wulfila, converti à l’arianisme, fut ordonné évêque par Eusèbe de Nicomédie (341), évangélisa ses frères de sang et les fit passer en masse dans l’Eglise hérétique. Le déferlement des Huns les amena à contracter alliance avec l’autorité romaine (376). Mais, mécontent de l’empereur Valens, qui était cependant comme eux arien, ils le vainquirent et le tuèrent, à Andrinople (378). Défaits à leur tour par Théodose, les Wisigoths se montrèrent de plus en plus remuants et exigeants. Alaric 1er, qui avait loyalement servi l’empire, ravagea les provinces danubiennes, puis la Grèce elle-même ; repoussé par Stilicon, il obtint, pour le prix d’une promesse de tranquillité, la possession de l’Epire, province riveraine de l’Adriatique. Mais proclamé roi par ses guerriers, il décida de s’emparer de l’Italie. Après avoir occupé le nord du pays, il fut écrasé par Stilicon à Pollenza (402) ; puis, retrouvant son audace à la nouvelle de la mort du redoutable général, il marcha sur Rome et, le premier des Barbares, la prit et la livra au pillage pendant trois jours (410). Mais quatre mois après, il trépassa.

Ce fut Ataulf, son beau-frère, qui, s’emparant du commandement, choisit pour objectif la Gaule. Mais il fut assassiné en 415. Wallia, second successeur d’Ataulf, constatant l’anarchie qui sévissait au sein de ce peuple, préféra retourner au service des Romains.

En 418, la royauté revint à la descendance d’Alaric, avec son fils Théodoric 1er qui, fidèle à l’alliance romaine, participa au coté d’Aétius à la grande victoire de Moirey sur Attila, où il laissa la vie (451), puis avec les trois fils de celui-ci, qui conquirent la Narbonnaise et l’Espagne, instaurant un empire goth qui s’étendait de la Loire à la Vandalousie.

Alaric II succéda en 484 à son père Euric. Il se porta, en 507, devant l’envahisseur franc mené par Clovis : le choc des deux armées eut lieu dans la plaine de Vouillé, au nord-ouest de Poitiers. Alaric fut tué de la main même de Clovis. En moins d’un an, le roi des Saliens conquit l’Aquitaine, tandis que son fils aîné Thierry s’emparait de l’Auvergne. Le royaume catholique des Francs s’étendait du Rhin aux Pyrénées.

Amalaric, fils d’Alaric, et petit-fils de Théodoric le Grand par sa mère Theudegothe, avait été sauvé de la fureur des Francs à Vouillé et il fut proclamé roi (511). Il demanda alors la main de Clotilde la Jeune, sœur des fils de Clovis qui s’étaient partagés son royaume.

Le projet d’Amalaric était de convertir Clotilde à l’arianisme. Mais la jeune femme avait la trempe de sa mère. Informé des sévices subis par sa sœur, Childebert, roi de Paris, marcha sur Narbonne, capitale de la Septimanie, où résidait Amalaric. Celui-ci préféra s’enfuir. Voulant récupérer son trésor, il se trouva entouré de l’armée franque. Il fut massacré par ceux-ci ou peut-être par ses propres soldats.

Après une période d’anarchie, Leuwigild, fut unanimement reconnu pour roi.

Pour satisfaire à la politique d’alliance avec les Grecs, il avait épousé Théodosie, fille de Sévérien, duc de Carthagène. Il en avait eu deux fils, Herménégild et Récared, élevés par leur mère dans la foi catholique. Après la mort de son frère Athanagild, il avait épousé sa veuve, Goswinthe, farouchement arienne.

Leuwigild décida de marier ses fils avec des princesses franques. Godwinthe espéra alors convertir Ingonde, femme de Herménégild, à l’arianisme. Mais celle-ci ne céda pas.
Leuwigild éloigna son fils et l’épouse de celui-ci de Tolède en lui confiant le gouvernement de l’Andalousie avec pour résidence Séville (579), ville catholique par excellence.

Loin de la cour de Tolède, Herménégild abjura publiquement l’arianisme et se fit baptiser. Le roi son père le fit arrêter et exécuté le 21 avril 585.

Un an après Leuwigild mourut. Son deuxième fils, Récared lui succéda et abjura l’arianisme. L’Espagne rejoignait la Gaule dans l’unité catholique.

La conversion des Lombards (VIIème siècle)

Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths, converti à l’arianisme, ayant envahi l’Italie, défit les Hérules qui l’occupaient à Vérone (489), puis assiégea pendant trois ans dans Ravenne leur roi Odoacre et, quand il se rendit, le fit assassiner. Puis, rapidement maître de la péninsule, il se proclama roi d’Italie, un royaume qui s’étendait au nord jusqu’au Danube et à l’est jusqu’à la Dvina, et installa une administration copiée sur celle des Romains.

L’anarchie d’installa et les Ostrogoths, définitivement vaincu par le fameux général byzantin Narsès, franchirent le Danube et se dispersèrent à tel point que ce peuple disparut à tout jamais.

Le départ  de  Narsès et des Ostrogoths appela aussitôt un nouvel envahisseur. Les Lombards, venus, eux aussi, des rivages méridionaux de la Baltique, chassèrent vers 520, les Hérules du Rugiland (Moravie). Leur roi Audoin, conquit la Pannonie sur les Gépides. Alboin, fils d’Audoin, refoulant les Ostrogoths, s’était emparé en quelques années de  l’Italie jusqu’au Tibre. Puis Autharis (584-590) l’occupa jusqu’à la Calabre.

Depuis Alboin, les rois lombards étaient ariens.  A la mort d’Autharis, sa veuve, Théodelinde, qui était catholique, épousa Agilulf, duc  de  Turin, et le fit élire roi (590).  Sous l’influence  conjuguée de Théodelinde et de saint Grégoire le Grand, Agilulf abjura l’arianisme et demanda le baptême.Le système électif de la monarchie lombarde favorisa d’abord le retour sur le trône des rois ariens. Cependant le plus grand nombre  des nobles  étaient entrés maintenant dans le giron du catholicisme. Ainsi quand conquêtes, neveu de Théodelinde, arriva au trône (653), il le proclama religion d’Etat.

La conversion des Anglo-saxons (VIème siècle)

Au début du Ve siècle,  Rome, pressée par le flot des Barbares le long du Danube et du Rhin, rappela ses légions de Bretagne ; le départ de l’occupant plongea la moitié sud de l’île dans l’anarchie. Ce fut l’occasion pour les deux autres peuples celtiques, les Pictes au nord, habitants de la future Ecosse, les Scots à l’ouest, habitants de l’Irlande, d’envahir le pays et de le livrer au pillage et au carnage. Les Bretons désignèrent en 445 pour leur souverain commun Vortigern, roi des Dummons (actuelle Cornouailles). Mais les Pictes avaient dévasté la moitié du territoire.

En désespoir de cause, Vortigern crut trouver le salut dans le secours des Saxons qui croisaient le long des cotes de la mer du Nord. Les guerriers qui garnissaient ces esquifs n’étaient pas en fait des Saxons, mais des Jutes, leurs voisins, qui ont laissé leur nom à la presqu’île du Jütland.

Ces Jutes, remontant la cote orientale de île, débarquèrent à quatre cents kilomètres de là, au bord de l’Humber, où les Pictes étaient parvenus, les mirent en pièces et en déroute. Débordant de île de Thanet, minuscule îlot à l’embouchure de la Tamise, reçu en échange de leur aide, les Jutes s’installèrent sur les rives du fleuve. En 455, après six ans d’une cohabitation de plus en plus explosive, le conflit éclata. Après un combat meurtrier, les Bretons se retirèrent en laissant à l’envahisseur le petit territoire des Cantii, qui devint le royaume de Kent.

En 477, une nouvelle flotte venue de la Baltique débarqua ses guerriers à Cymensore, au sud de Chichester. Ce fut cette fois des Saxons qui mirent treize années à s’approprier la bande côtière dont Noël se proclama roi. Ce fut le Sussex, le territoire des Saxons du sud.

En 495, un nouveau débarquement, à l’ouest du Sussex, conduit par le Saxon Cerdik, qui se proclama en 519, souverain du Wessex, le royaume des Saxons de l’ouest, avec pour capitale Winchester.

En 530, un nouveau chef saxon, Erkenwin, conquit le terrain situé au nord du Kent, et prit pour capitale Londres. Ce fut l’Essex, le royaume des Saxons de l’est.

Après un siècle de combats, d’incendies et de massacres, la belle île, si prospère du temps de l’occupant romain, était dans le chaos. Les survivants s’étaient réfugiés dans les régions épargnées à l’ouest par les Barbares : au nord la Strathclyde, au centre la presqu’île (Pays de Galles), au sud la Cornouaille. Ils ne se résignèrent pas et un nouveau héros parut, qui deviendrait bientôt légendaire : Arthur, ancien combattant des troupes d’Ambroise Aurélien. Il multiplia les coups de main jusqu’en 542, date à laquelle il succomba.

Cette mort fut comme le signal d’une nouvelle invasion, celle des Angles, peuple voisin des Saxons, qui, profitant du quasi-anéantissement de la résistance bretonne, s’appropria le nord-est du pays. En 547, Ida et ses douze fils débarquèrent à l’embouchure de la Tweed, avec tout un peuple, et fondèrent le royaume de île En 559, un nouveau chef angle, Yffi, s’installa plus au sud, et implanta le royaume de Deira. En 571, Uffa, autre Angle, arriva avec sa troupe dans la partie qui, au nord de l’Essex, formait la grande presqu’île destinée à devenir le comté de Suffolk, et créa le royaume d’Est-Anglie. Enfin, le vaste territoire du centre de la Bretagne, compris entre la Deira, l’Est-Anglie et le Pays de Galles fut conquis par l’Angle Créoda à partir de 584. Tout l’est et le sud de la Bretagne étaient aux mains des Anglo-saxons.

Ce fut alors qu’un dignitaire du nom de Grégoire, issu d’une des plus riches familles de Rome, osa envisager la conversion de ce peuple idolâtre.

En 590, Grégoire fut élu pape. Il confia en 596 à Augustin, prieur du monastère Saint-André, cette mission hardie. Celui-ci, avec quarante frères, aborda à île de Thanet, noyau originaire du royaume de Kent. Le roi en était alors Ethelbert, qui avait épousé Berthe, la fille de Caribert, roi de Paris. Cette princesse avait exigée de pouvoir pratiquer sa religion. Séduit par la liturgie romaine, bien préparé par la catéchèse d’Augustin, Ethelbert adhéra sans peine à la foi catholique. Grégoire le Grand constitua l’Eglise d’Angleterre.

Il fallu deux siècles pour que les féroces Barbares qui avaient anéanti sur le sol de Bretagne tout culte chrétien en même temps que toute culture romaine, adoptassent la civilisation de ceux qu’ils avaient exterminés ou chassés. L’Angleterre, à la fin du VIIe siècle, était couverte de monastères.

La conversion des Celtes occidentaux 

Parallèlement à l’évangélisation des Anglo-saxons, se déroulaient celles des Scots de l’Hibernie (Irlande) et les Pictes de la Calédonie (future Ecosse).

La conversion de l’Hibernie fut l’œuvre de saint Patrick.

Dès le début du Ve siècle, un autre Breton, saint Ninian, s’était consacré à l’évangélisation des Pictes du Sud. Le grand apôtre de la Calédonie, un siècle plus tard, fut saint Colomba.

La conversion de la Germanie

Une première partie des peuples germaniques, ceux qui s’étaient établis dans l’Empire romain, étaient passés de l’arianisme au catholicisme, ou même, comme les Anglo-saxons, du paganisme au catholicisme.

Un Irlandais, saint Fridolin (mort en 530), évangélisa la rive droite du Rhin (l’Alamanie, située entre le Rhin et la Bavière). Saint Gall (mort en 645), disciple de saint Colomban, compléta son œuvre.

La Thuringe, cependant en relation constante avec Clovis et ses fils, puis annexée par Thierry 1er, fut rétive au christianisme jusqu’à la fin du VIIe siècle ; ce fut alors que le duc Gosbert demanda la baptême (685).

Le grand apôtre de la Germanie fut saint Boniface.

La conversion des Saxons fut l’œuvre de Charlemagne.

La conversion des Scandinaves

Le Danemark connut une première et courte évangélisation quand Ebbon, archevêque de Reims, baptisa Harald, duc de Jütland (822) ; mais il ne put convaincre les rudes guerriers danois.

Plus efficace fut l’influence de Knud le Grand, roi du Danemark. Après une longue lutte, il récupéra, en 1016, la couronne d’Angleterre. Pour se donner une légitimité aux yeux des Anglais, il épousa Emma, la veuve du roi Ethelred. Sous l’influence de celle-ci, il renonça au paganisme et imposa le christianisme dans son royaume du Danemark.

En 1028, devenu roi de Norvège, Knud n’eut pas à instaurer le christianisme : il y était déjà établi en bonne partie, par l’œuvre des rois Haakon, élevé en Angleterre et roi de Norvège à la mort de son père en 935 ; Olaf 1er, son arrière-petit-fils, roi de 995 à 1000 ; et Olav II, roi de 1016 à 1028.

Parallèlement, la Suède accéda au christianisme par un autre Olaf, qui demanda le baptême à des missionnaires anglais venus du Danemark en 1008.

La conversion des Slaves

Les Slaves furent d’abord évangélisés par voisinage le long de leur frontière avec les Germains. Dès le VIIIe siècle, les Slovènes, persécutés par les Avars, appelèrent à leur secours les Bavarois, qui écrasèrent ces Barbares et soumirent à leur domination la Styrie, la Carinthie et la Carniole ; l’osmose qui résultat entre les deux peuples amena de nombreuses conversions individuelles.

Au milieu du IXe siècle, Mojmir, prince des Moraves, bien que païen, lança un appel aux évêques de Ratisbonne et de Passau pour obtenir des moines catholiques, qui baptisèrent la population.

Les Bulgares furent la première nation instituée à adopter le christianisme. Chassés par les Turcs, ils prirent possession, au début du IXe siècle, des anciennes provinces danubiennes de Mysie et de Dacie. Le roi Bogoris crut pouvoir attaquer l’impératrice byzantine Théodora. Après quelques escarmouches, la sœur de Bogoris fut emprisonnée à Constantinople. Après un traité, elle est rendue à son peuple mais, devenue chrétienne, communiqua sa foi à son frère qui demanda le baptême.

De son coté, Rostislav, successeur de Mojmir comme prince des Moraves (845), et devenu chrétien, chassa les Bavarois et se proclama indépendant.

En 874, saint Méthode, évêque des Moraves, évangélisa les Slaves de Bohême et baptisa le duc Borjivoi 1er.

La foi chrétienne passa de Bohême en Pologne par la fille de Boleslav 1er qui avait épousé le duc Mieczyslav.

La christianisation des peuples qui occupèrent les territoires devenus l’Ukraine et la Russie fut plus laborieuse.

La conversion des Hongrois

Les Magyars, ethnie tatare, se fixèrent vers 889 dans la plaine du Moyen Danube, qu’on appela Hongrie. En conflit avec les Byzantins, Geysa, cinquième duc des Magyars, chercha une alliance du coté d’Otton le Grand, dont il connaissait la foi et le dévouement à l’Eglise. Il fut baptiser la nuit de Noël 973, tout en conservant la présidence des cultes transmis par ses ancêtres pour apaiser le parti païen.

Après une guerre malheureuse contre le duc de Bavière, le traité de paix stipula qu’Etienne, héritier du duché, épouserait Gisèle, sœur du duc Henri II. L’année suivante (997), Geysa trépassait, et Etienne fut reconnu voïvode. Il proclama alors le christianisme religion d’Etat, et l’idolâtrie interdite.