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La constitution territoriale de l'Occident médiéval


La constitution des états au Moyen Age ancien
(VIe-IXe siècles)

Le Moyen Age ancien est dominé par les conquêtes de certains peuples et le recul des autres. De là, une mouvance des frontières héritées de l’Empire.

La période qui va de la fin du Ve siècle au début du IXe voit s’affirmer la spectaculaire expansion des Francs ; au point que ce petit peuple qui, sous l’aspect d’une simple tribu établie au bord de l’Escaut, parait au Ve siècle quasi inexistant, va s’approprier et gouverner, en un demi-siècle, l’Europe occidentale de l’Elbe à l’Ebre.

Le vide laissé par le retrait des légions romaines de la Gaule laissait aux Barbares la liberté de s’y tailler des royaumes. Les coups d’Etat successifs à la tête de l’Empire et des armées affaiblissaient le pouvoir romain et jetaient l’anarchie dans les décisions militaires. En 451, Théodoric 1er, roi des Wisigoths, avait combattu victorieusement près de Troyes, allié au patrice Aétius, contre Attila et ses hordes. Ses successeurs profitèrent de cet avantage pour grignoter les terres de l’Empire à la fois vers le Rhône et vers la Loire. Le roi Euric (466-484) installa sa capitale à Narbonne. Les Wisigoths détenaient, à la fin de son règne, toute la région entre la Loire et les Pyrénées.

A l’est, les Burgondes, vaincus par Aétius, avaient reçu l’hospitalité romaine dans la vallée de la Saône. Mais, après la mort de leur vainqueur, ils s’étaient étendus impunément vers le Jura et la Méditerranée, occupant toutes les places fortes de Besançon à Avignon. Au nord-est, les Alamans, qui occupaient d’abord la rive droite du Rhin dans une région qui est actuellement la Bade-Wurtemberg et le Nord de la Suisse, avaient, à cette même époque, passé sur la rive gauche, occupé l’Alsace, puis Toul, Metz et Langres.

A ce moment, un génial roitelet salien avait bousculé tous les cas de figures. En 486, il avait vaincu à Soissons Syagrius le dernier général romain, qui s’était taillé un Etat indépendant entre la Meuse et la Manche ; puis, en quatre ans, il avait conquis tout ce territoire, d’abord entre Escaut et Seine, puis entre Seine et Loire. En 490, franchissant le Rhin moyen, il avait soumis les Thuringiens ; cinq ans plus tard, après avoir écrasé les Alamans en Alsace, il les avait réduits à l’état de tributaires, opération renouvelée sur les Burgondes en 500. Mais la plus retentissante de ces opérations était, après avoir écrasé l’armée wisigothique à Vouillé, la conquête de l’Aquitaine et de l’Auvergne en moins d’une année. Tout aussitôt, il avait annexé le royaume des Francs ripuaires de Cologne et les royaumes saliens de Tongres et de Cambrai. Puis les fils de Clovis annexèrent purement et simplement la Burgondie (534).

La carte de l’Europe occidentale allait se retrouver ainsi façonnée pour trois siècles. Les Wisigoths, refoulés en Espagne, gardaient certes provisoirement la Septimanie ; mais leurs principaux problèmes étaient internes à la péninsule : politiques, dans la guerre que se livraient les généraux pour obtenir le pouvoir, puis religieux, dans la lutte contre les Sarrasins, et dans l’un et l’autre cas, militaires.

Les Ostrogoths, inquiétés à l’est par les empereurs de Constantinople et à l’ouest par la puissance franque, gardèrent l’Italie moins d’un siècle après la mort du fondateur du royaume, Théodoric le Grand (493-526) ; les Lombards les éliminèrent et fondèrent au nord, avec en plus au sud le grand duché de Bénévent, un royaume qui dura jusqu’à Charlemagne.

Le Regnum Francorum (511-768). Quant aux Francs, deux faits essentiels marquaient leur dynastie fondatrice, les Mérovingiens. D’une part, l’unité politique dans la division ; d’autre part, l’expansion vers les terres étrangères à l’Empire romain. La coutume de la division de l’héritage du roi défunt en autant de royaumes qu’il avait de fils venait de cette idée que cette terre était un bien de famille, et qu’il était obligatoire de la partager en autant de parties que d’héritiers males. Ainsi, depuis les fils de Clovis, il y avait certes plusieurs royaumes francs épisodiques, et dont les frontières variaient, mais un unique Regnum Francorum, dont les limites restaient semblables. Charles Martel particulièrement veilla à ce que le royaume mérovingien demeurât intact et sous un unique sceptre ; de sorte que son fils Pépin le Bref put s’en faire couronner roi unique (751).

L’empire de Charlemagne (768-840). Ce n’était pas que la mentalité du partage eut disparu : elle reprit vie avec les Carolingiens. En 747, quatre ans avant l’élection de Pépin le Bref à la royauté, qui lui était associé, décida de revêtir l’habit monastique. A son tour, un autre Carloman, frère puîné de Charlemagne, partagea avec lui le Regnum Francorum à la mort de Pépin (768). Mais il mourut trois ans plus tard et Charles écarta ses enfants de la succession. Vingt-neuf ans plus tard il était couronné empereur de cet immense héritage auquel il avait ajouté la Lombardie, la Catalogne, la Navarre, la Saxe, la Frise, la Bavière, la Carinthie.

Pour lui succéder, Charlemagne (814) ne laissa qu’un seul fils : Louis, qui allait recevoir, à cause de sa dévotion et de la faiblesse, le double surnom de Pieux et de Débonnaire. Malheureusement, il avait quatre fils. Dès 817, il publia une constitution selon laquelle son fils aîné, Lothaire, associé à l’Empire, assumerait seul sa succession, les deux autres, Pépin et Louis, soumis à l’empereur, auraient les gouvernements respectifs de l’Aquitaine et de la Bavière. En outre, Bernard, fils de Pépin, frère aîné de Louis le Débonnaire, mort en 810, héritait de son père le royaume d’Italie, également sous l’autorité de son cousin. Mais Bernard contestait les décisions ; son père étant le fils aîné de l’empereur défunt, c’était à lui de recueillir la couronne impériale ; il tolérait le fait établi pour Louis, mais niait les droits de Lothaire. Il se révolta contre son oncle. Il sera condamné à mort par l’assemblée des grands. Louis commuera cette peine de mort en peine d’aveuglement. Bernard mourut trois jours après sa mutilation (817).

De même, Louis fit tondre et emprisonné dans un monastère, les trois fils illégitimes de Charlemagne.

L’unité eut été sauvée si Louis, veuf d’Ermengarde, mère de ses trois premiers fils, n’avait épousé l’ambitieuse Judith de Bavière qui, dès qu’elle mit au monde un garçon, Charles (823), réclama une révision de la constitution pour lui assurer sa part. Louis céda. Le futur Charles le Chauve, âgé de six ans, reçu un royaume taillé dans l’empire promis à Lothaire.

Cette fois ce furent les aînés qui se révoltèrent. Soutenus par les grands, ils convoquèrent une assemblée à Compiègne. Judith fut condamnée à l’emprisonnement dans un cloître ; l’empereur fut contraint à l’abdication.

La déchéance de l’empereur devait être proclamée en 830 par une assemblée réunit à Nimègue. Mais, au grand dépit de Lothaire, la majorité se montra tout de suite favorable à Louis et le rétablit dans sa dignité. L’empereur pardonna à ses fils. Un concile releva de ses vœux Judith, qui reprit sa place auprès de son époux en 831. En 833, ils enfermèrent leur père à l’abbaye Saint-Médard de Soissons, et leur frère Charles, âgé de dix ans, dans le monastère de Prum. Judith fut emmenée jusqu’à Tortone en Lombardie.

En octobre de la même année, Louis le Pieux comparut et s’accusa des crimes d’homicide, de sacrilège et de tyrannie. Les trois frères, tenant l’abdication de leur père pour définitive, se trouvèrent aussitôt à la tête de leurs royaumes. Une nouvelle assemblée des seigneurs et des évêques rétablit Louis dans sa dignité, Pépin et Louis vinrent implorer leur pardon.

La France, la Germanie et la dislocation de l’empire (840-924). Pépin, roi d’Aquitaine, ivrogne et batailleur, mourut en 838. Charles le Chauve reçut alors son royaume. Quand Louis le Pieux quitta la vie à son tour, en 840, Louis et Charles, qui n’admettaient pas le droit d’aînesse, s’allièrent contre Lothaire, qu’ils défirent à Fontanet (Fontenoy-en-Puisaye, 841). L’année suivante, les deux cadets se jurèrent par écrit alliance et fidélité, l’un en langue germanique, l’autre en langue romane : ce fut le fameux Serment de Strasbourg, que l’on tient habituellement comme le plus ancien monument de ces langues. Par le traité de Verdun (843) les frontières des Etats des trois frères étaient remaniées. Lothaire, qui gardait son titre d’empereur, recevait un étranger ensemble territorial qui s’étirait de la mer du Nord aux Etats de l’Eglise, et qui comprenait, du nord au sud, la Lotharingie, la Bourgogne et l’Italie. Cette curiosité se comprend si l’on constate que les deux autres frères acquirent chacun une part très unitaire, aux deux extrémités de l’Empire carolingien, et que lui dut se contenter de l’entre-deux. En effet, à Louis, dit désormais le Germanique, échut la Francie orientale, mais déjà considérée comme Germanie, à l’est du Rhin et au nord des Alpes ; tandis que Charles obtenait un royaume enviable, bien que benjamin des fils de Louis, limité en gros par l’Escaut, la Meuse à partir de Toul, la Saône et le Rhône, donc l’ancienne Neustrie, la partie occidentale de la Bourgogne et l’Aquitaine, à laquelle s’ajoutait la Navarre et le comté de Barcelone.

Ce royaume de Charles allait persévérer dans ses limites, à quelques détails près, pendant le reste du Moyen Age ; et il gardait en même temps son unité interne. En effet, ses rois, reprenant le principe de Dagobert et de Charles Martel, instauraient le principe de succession unique par droit de primogéniture ; au début de la dynastie carolingienne se manifestent certes quelques hésitations avec les fils et les petits-fils de Charles le Chauve, notamment avec Louis III (879-882) et Carloman (879-884), qui se partagent à l’amiable le royaume pour une courte durée, mais mène une politique commune.

Il n’en fut pas ainsi de l’héritage des deux aînés de Louis le Pieux, qui appliquèrent le funeste principe du partage du territoire paternel. A la mort de Lothaire (855), ses trois fils se partagèrent ce qu’il était convenu d’appeler son empire. L’aîné, Louis II, reçut l’Italie, territoire marginal à l’Empire carolingien primitif, avec, pourtant, le titre d’empereur : le tiers du tiers de l’héritage de Charlemagne ; le deuxième, Lothaire II, fut pourvu de la Lotharingie (avec le titre de roi de Lorraine) ; le troisième, Charles, fut gratifié de la Bourgogne, avec le titre de roi de Provence. A son tour, Louis le Germanique, en mourant (876) laissa à ses héritiers trois royaumes : à Carloman la Bavière, à Louis III la Saxe, à Charles III, dit le Gros, l’Alamanie. Or, les deux aînés, trépassèrent rapidement (880 et 882) ; de sorte que Charles le Gros reconstitua le royaume de son père. En outre, comme les trois fils de Lothaire 1er étaient morts sans postérité masculine, il y ajouta la Lotharingie.

Dans ces désordres dynastiques, la notion même d’empire disparaissait, et aussi la succession impériale. L’empereur Louis II étant mort en 875 sans laisser d’héritiers male, qui devait lui succéder ? Ses héritiers en ligne directe, par sa fille Ermengarde, ou Louis le Germanique ? Charles le Chauve résolut le problème à son avantage : sans aucune légitimité, il se rendit à Rome, où il reçut la couronne impériale du pape Jean VIII ; mais l’usurpateur ne la garda pas longtemps : il mourut deux ans plus tard. Le trône impérial vaqua durant quatre ans. Ce fut Charles le Gros, troisième fils de Louis le Germanique, obtint la couronne impériale en 881. Puis, en 884, après la mort de Carloman, roi de France, les grands de ce pays l’appelèrent au trône ; il put reconstituer ainsi à son bénéfice l’empire de Charlemagne, avec pour capitale Paris. Pour peu de temps ; la faiblesse de Charles en face des Normands qui envahissaient la France provoqua la diète de Tribur (887), où il fut déposé. Assigné à l’abbaye de Reichenau, il y mourut l’année suivante.

Pour occuper le trône de Germanie, il n’y avait plus qu’un bâtard de Carloman, neveu donc de Charles le Gros, Arnulf. Il parvint à se faire couronner empereur par le pape Formose en 896. Le trône impérial avait été vacant huit ans ; il ne demeura occupé qu’une année, puisque, dès 897, le concile de Ravenne condamna le titulaire comme usurpateur. Celui-ci mourut en 899, laissant le trône de Germanie à un fils de quatre ans, Louis l’Enfant (Louis III de Germanie). Ce fut alors qu’un autre Louis, roi de Provence par son père Boson, mais petit-fils de l’empereur Louis II par sa mère Ermengarde, et donc seul survivant de la ligne aînée de Charlemagne, âgé maintenant de dix-neuf ans, revendiqua ses droits. Il se rendit à Rome en 900 et s’y fit couronner empereur par Benoît IV. Mais Bérenger, roi d’Italie, son ennemi, l’assiégea dans Vérone, le prit et lui fit crever les yeux, de là, le nom de Louis III l’Aveugle.

Or, comme les années s’écoulaient et que Louis III, qui devait mourir en 928, était retiré au fond de la Provence et n’exerçait plus l’autorité impériale, Louis l’Enfant, roi de Germanie, considéra que celle-ci lui revenait, car, âgé maintenant d treize ans, il n’était plus considéré comme un enfant, et il se proclama lui-meme empereur (908). Cependant, comme il ne fut jamais couronné, le nom de Louis IV manque parfois à la liste des empereurs germaniques, bien qu’il y ait eu au XVe siècle un Louis V. Mais il mourut trois ns après son avènement, sans postérité. La descendance de Louis le Germanique était éteinte.

A la mort de Louis l’Enfant, les Franconiens et les Saxons avaient donné la couronne de Germanie à Conrad, duc de Franconie. N’étant pas de la descendance de Charlemagne, il n’osa revendiquer le trône impérial, qui resta vacant jusqu’en 915. Or, il se trouva que Bérenger, roi d’Italie, celui-là même qui avait aveuglé ‘empereur Louis III, fut appelé en 915 par le pape Jean X pour délivrer l’Italie méridionale des Sarrasins ; il remporta sur eux plusieurs victoires. Bérenger fit alors valoir au pape qu’il était petit-fils de Louis le Pieux par sa mère. Le pape le couronna. Ce dernier carolingien mourut assassiné en 924.

L’Espagne. Dès le VIe siècle, par la défaite de Vouillé, qui ne leur laissait au nord des Pyrénées que la Septimanie, les Wisigoths trouvèrent dans les Pyrénées leur frontière naturelle. Les armées musulmanes tardèrent certes de conquérir la Gaule, et en occupèrent même une partie, mais Pépin le Bref et Charlemagne les rejetèrent en deçà des Pyrénées, en gardant d’ailleurs à l’Empire le comté de Barcelone et la Navarre. Wisigothique, musulmane, puis chrétienne à nouveau par la Reconquista, l’Espagne constitua donc une péninsule monolithique qui devait ensuite s’agrandir non pas vers le nord, mais en Italie et en Amérique.

A l’intérieur, les divisions funestes au Regnum Francorum furent évitées par le système wisigothique de monarchie unique. Il est vrai que, si le fils aîné du défunt était seule habilité à régner, ses frères ne se gênaient pas pour l’assassiner afin de prendre sa place. En Espagne wisigothique, de furent des généraux ambitieux qui supprimèrent le roi légitime, puis se supprimèrent entre eux. Ce sera alors au tour des Omeyyades d’instaurer une monarchie unitaire.

L’Angleterre. Le royaume anglo-saxon, constitué aux Ve et VIe siècles, avait, par la conquête de l’île de Bretagne, des frontières naturelles toutes faites. Cependant, à l’intérieur de cette île, il garda en permanence les limites qui le séparaient du peuple picte au nord, dont le royaume fut plus tard l’Ecosse, et des Gallois au sud-ouest. Son morcellement interne en huit royaumes ne lui vint pas, comme ce fut le cas du Royaume franc, de partages entre héritiers, mais de l’instauration de dynasties différentes sur les territoires conquis au fur et à mesure d’afflux nouveaux. Chaque dynastie se perpétuait par un souverain unique, ce qui évita l’émiettement du pouvoir. En outre, les rois anglo-saxons, malgré leurs rivalités qui occasionnèrent maintes guerres et assassinats, ressentirent un besoin d’unité militaire et d’harmonie législative ; ils instituèrent donc la dignité de bretwalda, « souverain de Bretagne », qui était celle d’un président des rois élu parmi eux ; l’Angleterre devenait de la sorte, du moins théoriquement, un royaume fédératif.

Cette institution tomba rapidement en désuétude, et ce fut non plus légalement, mais par leur puissance propre, que les rois dominèrent tour à tour les autres. Tel fut le cas d’Offa de Mercie (757-796), puis d’Egbert de Wessex (802-839), qui réunit sous son sceptre tous les royaumes anglo-saxons, et leur donna le nom global d’Angleterre. Mais sous son successeur Ethelwolf (Aethelwolf, 839-858), les Danois commencèrent la conquête du royaume. Ce furent d’abord des débarquements ponctuels ; puis, ils entreprirent la conquête de île

La reconquête fut l’œuvre d’Alfred le Grand (871-900), fils d’Ethelwolf. Le vainqueur, ayant recouvré le pouvoir royal sur l’Angleterre, la divisa en comtés, districts et cantons. Il se révéla sage législateur en rédigeant un code de lois civiles et un code de lois pénales, et humaniste en créant à Oxford une école supérieure. Et il orienta la vocation maritime de l’Angleterre en organisant le commerce avec l’Egypte, la Perse et l’Inde.

L’Italie. Le royaume lombard d’Italie ne dura guère plus de deux siècles. Unifié par Autaris (584-590), entré dans l’Eglise catholique avec Agilulf (590-616), il ne put jamais, malgré ses conquêtes au sud de Rome, obtenir la stabilité. Cela lui vint d’abord de deux facteurs : le système de succession qui, électif en principe, devint en fait héréditaire, et provoqua des rivalités à mort de plusieurs rois ; le règne trop court des rois, dont aucun n’eut le temps d’imposer durablement son autorité. Ce furent alors le règne glorieux de Luitprand, qui dura trente-deux ans, puis celui de son neveu Hildebrand (744) qui fut déposé au bout de six mois à cause de sa tyrannie.

La ruine de l’Etat lombard résulta du conflit de ses derniers rois avec la Saint-Siège. Le roi Ratchis (744-749), duc de Frioul élu pour succéder à Hildebrand, commença une guerre contre Rome et vint assiéger Pérouse ; le pape saint Zacharie alla le trouver dans son camp ; et le roi barbare fut si séduit que non seulement il signa la paix à l’avantage du Saint-Siège, mais qu’il décida, ainsi que sa femme et sa fille, de prendre l’habit religieux. Astaulf, frère de Ratchis (749-756), après avoir enlevé aux Grecs l’exarchat de Ravenne et la Pentapole, envahit le duché de Rome, qui était de fait sous la souveraineté du pape. Etienne II se rendit en 753 auprès de Pépin le Bref. Il alla assiéger Astaulf dans Pavie, et lui fit abandonner l’exarchat à Byzance (754). Mais, loin d’exécuter sa promesse, le Lombard alla mettre le siège devant Rome (755). Pépin retourna en Italie et lui fit signer un traité qui abandonnait à saint Pierre l’exarchat de Ravenne et la Pentapole. Ce fut ce qu’on appelle « la donation de Pépin ».

La constitution définitive des Etats de l’Eglise, ainsi que la fin de la monarchie lombarde, eurent lieu sous le roi Didier (756-774). Celui-ci, duc d’Istrie, prit la couronne quand, en 756, Astaulf mourut sans postérité. La discorde s’étant introduite entre le nouveau roi et le nouveau pape, Adrien 1er, élu en 772, Didier envahit le duché de Rome ; Adrien appela Charlemagne à l’aide, et le roi franc passa lui-meme les Alpes en 773 avec une armée. La décision de Charles fut draconienne et unilatérale ; puisque le royaume lombard était une source d’empiètements et de guerres pour le Saint-Siège, il devait disparaître ; Didier fut détrôné et envoyé au monastère de Corbie, et Charles se proclama roi des Lombards (774).

Les limites des Etats pontificaux varièrent dès le siècle de la Donation. A l’assemblée de Quiercy-sur-Oise du 1er mai 754, Pépin le Bref accorda au pape Etienne III, qui était présent, et avec l’assentiment unanime des grands réunis, un ensemble stupéfiant de territoires italiens. Le texte, qu’on crut longtemps perdu, fut retrouvé en 1865 par Carlo Troya qui le publia.

La promesse était formidable. Quand Charlemagne se rendit en 774 à Rome pour y célébrer la semaine sainte, Adrien lui rappela la promesse de son père.

Quand le roi des Francs retourne pour la troisième fois en Italie, en 781, les territoires qu’il concède à la papauté semblent être encore réduits : au duché de Rome s’ajoute l’exarchat de Ravenne ; à laquelle s’ajoute l’Ancone et le duché de Pérouse. On ne parle plus ni de la Corse, ni de la Toscane, ni de la Vénétie, ni des villes de Parme, Modène et Reggio, ni des fameux duchés de Spolète et de Bénévent. Les Etats pontificaux resteront désormais à ce qui correspond à cette énumération, en y ajoutant le duché de Spolète.

La constitution des états au Moyen Age récent
(Xe-XVe siècles)

La Germanie. Le Saint Empire Romain Germanique.  En Allemagne, l’unité de la Germanie, puis de l’Europe, se reconstitua grâce à la maison de Saxe. En 911, à la mort de Louis l’Enfant, les princes allemands élurent à la couronne de la Germanie le duc Conrad de Franconie, qui était le gendre de l’empereur Arnulf. Il fut donc le premier roi de Germanie non issu de la dynastie carolingienne, bien que sa mère descendît de Louis le Germanique. Les dissensions entre grands firent que ce court règne (911-919) fut consacré à la guerre, et aussi à la mutilation du royaume, car les seigneurs lorrains se déclarèrent sujets de Charles le Chauve, roi de France. Avant de mourir, il désigna pour son successeur son principal adversaire Henri, duc de Saxe, dit l’Oiseleur (919-936). Il refit l’unité de la Germanie en soumettant les ducs de Bavière et de Souabe, reprit la Lorraine en battant ses seigneurs (923), et créa sur ses frontières une suite de margraviat (du nom de marche, qui donne les margraves = marquis), pour assurer la protection militaire du royaume.

Tout était prêt pour la résurrection de l’Empire d’Occident. Ce fut l’œuvre d’Otton le Grand (936-973), fils d’Henri 1er, qui réprima les insurrections de ses vassaux, et fit entrer les duchés dans sa famille.

Appelé en Italie pour mettre fin aux guerres qui la désolaient, il défit le roi Béranger II, et fut acclamé par les villes roi d’Italie (961). Comme il avait établi sa suzeraineté sur le royaume de Bourgogne, rien ne s’opposait à ce qu’il prétendit à l’empire. Pour la première fois depuis le partage de l’Empire par les fils de Louis le Pieux, un souverain réunissait sous son sceptre l’empire de Lothaire et le royaume de Louis le Germanique, avec en outre la suzeraineté sur le Bohême, la Pologne et le Danemark. Après son couronnement comme roi des Lombards (961), Otton marcha sur Rome, qui l’accueillit avec enthousiasme, et fut couronné par Jean XII empereur du Saint Empire romain germanique.

Avec ce nouveau titulaire, on ne savait encore si l’Empire allait devenir héréditaire, ou bien plutôt électif, puisque le roi de Germanie lui-meme, qui en portait la couronne, était désigné par élection. Afin de créer une dynastie sur l’un et l’autre trône, Otton, avant de partir en 961 pour l’Italie, avait fait élire et sacrer son fils Otton le Roux roi de Germanie, puis en 967 l’associa à l’Empire. Désormais, pour l’empereur d’Allemagne, il y aurait deux sources de légitimité, mais curieusement inversées : l’élection par les princes allemands, qui ferait de lui le roi des Romains, puis la reconnaissance et le couronnement par le pape, qui feraient de lui l’empereur germanique.

La dynastie saxonne était effectivement créée. Car Otton II étant mort à l’age de vingt-huit ans, et ayant associé à l’Empire son fils Otton III, âgé de trois ans, celui-ci fut reconnu roi de Germanie à la mort de son père, couronné en 996 roi des Lombards à Milan et empereur romain germanique. Il mourut à vingt-deux ans sans postérité ; mais son successeur fut choisi parmi les descendants d’Henri l’Oiseleur en ligne collatérale. ; ce fut Henri II (1002-1024), duc de Bavière, petit-neveu d’Otton le Grand. Et quand ce grand souverain mourut à son tour sans descendance, les princes allemands lui choisirent pour successeur Conrad, duc de Franconie, qui était le descendant direct d’Otton le Grand par sa fille Luitgarde, mariée à Conrad de Lotharingie.

Malgré cette ascendance, on considère la lignée de Conrad II et des empereurs qui lui ont succédé comme une nouvelle dynastie, celle de Franconie. Ces descendants furent Henri III (1038-1056), Henri IV son fils (1056-1106), Henri V fils de celui-ci (1106-1125). Henri V étant mort sans postérité, les princes allemands donnèrent la couronne à Lothaire de Supplimburg, de la maison de Saxe (1125-1137), puis à Conrad III, neveu d’Henri V comme fils de sa sœur Agnès et ainsi petit-fils d’Henri IV. Mais comme Agnès avait épousé Frédéric de Beuren (Hohenstaufen), duc de Souabe, son fils fut considéré comme appartenant à la maison de Souabe, et l’on compta cinq empereurs : Conrad III (1138-1152), son neveu Frédéric 1er Barberousse (1152-1190), Henri VI (1190-1197), Philippe (1198-1208) et Frédéric II (1220-1250). Deux faits montrent que l’hérédité en ligne directe n’était pas acquise, et que les grands vassaux possédaient toujours le pouvoir de la perturber ; Philippe de Souabe était le frère d’Henri VI, et s’empara de la couronne au détriment du fils d’Henri, le futur Frédéric II ; entre Philippe et Frédéric régna Otton IV de Brunswick (1209-1218), fils d’Henri le Lion, duc de Bavière et adversaire de Frédéric Barberousse.

La fin des Hohenstaufen, qui avaient régné sur l’Allemagne pendant cent douze ans, marqua le déclin de l’institution impériale, avec l’émiettement de l’autorité. Après un interrègne de vingt-trois ans (1250-1273), elle fut restaurée par l’élection d’un seigneur de médiocre importance, Rodolphe, comte de Habsbourg et landgrave de Haute-Alsace, et dont la dynastie, contre toute prévision, allait se maintenir six siècles et demi : ce fut le début de la puissante maison d’Autriche.

A la mort de Rodolphe (1291), la diète élut Adolphe de Nassau qui, ayant lassé les électeurs par sa conduite, fut déchu, puis vaincu et tué par Albert d’Autriche, devenu empereur à son tour (1297-1308). La maison d’Autriche fut écartée à nouveau de la succession. Après un interrègne de sept ans, la diète donna la couronne à Henri VII, fils du comte de Luxembourg, qui mourut cinq ans plus tard, puis à Louis V de Bavière, qui appartenait à la maison d’Autriche par sa mère Mathilde, fille de l’empereur Rodolphe et sœur d’Albert 1er. Louis V (1314-1347) eut à lutter contre l’antiroi Frédéric le Beau, second fils d’Albert.

A Louis V succédèrent Charles IV de Luxembourg (1347-1378), petit-fils d’Henri VII, par son père Jean, roi de Bohême, puis ses fils Venceslas (1378-1400) et Sigismond (1410-1437). Venceslas, par sa cruauté, son incapacité et sa débauche, provoqua une révolte unanime et fut enfermé sur l’ordre de son frère Sigismond. Ce ne fut pas lui cependant qui fut choisi d’abord pour lui succéder, mais Robert, comte Palatin de Bavière (1400-1410), puis Josse, margrave de Moravie, qui ne régna que trois mois. Enfin Sigismond, déjà roi de Hongrie et de Bohême, accéda à l’Empire.

Ce fut par lui que les Habsbourg revinrent sur le trône impérial ; sans héritier masculin, il avait marié sa fille Elisabeth à Albert V d’Autriche, qui par elle hérita des trônes de Hongrie et de Bohême, et grâce à laquelle il succéda à son beau-père ; mais il eut un règne fort court (1438-1439). A sa suite, sa dynastie allait occuper pendant trois siècles le trône d’Allemagne, puis pendant soixante ans celui de l’Empire d’Autriche. Ce ne fut pas d’ailleurs son fils Ladislas qui lui succéda : il garda seulement les trônes de Hongrie et de Bohême ; ce fut son cousin Frédéric III (1439-1493), fils du duc Ernest d’Autriche ; lequel eut pour successeur son fils Maximilien 1er (1493-1519), qui épousa Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, mariage qui fur l’une des causes de la puissance de leur petit-fils, Charles Quint.

L’Italie. Ce qui est remarquable, dans la politique d’expansion des empereurs d’Allemagne, c’est d’abord, pendant trois siècles (961-1266) leur préférence pour le sud, par la conquête de l’Italie, puis leur orientation vers l’est. Le royaume d’Italie souffrait d’une grave carence : celle d’une autorité commune aux multiples villes libres. Outre leurs intérêts industriels et commerciaux, au nom desquels elles luttaient mais que la guerre ruinait, ces cités, à partir du XIIe siècle, se partagèrent entre Guelfes, partisans de l’indépendance et du Saint-Siège, et Gibelins, partisans de l’Empire germanique. A partir du XIIe siècle aussi, pour pouvoir dominer l’ensemble de la péninsule et prendre le pape en tenaille, les empereurs tentent d’évincer les princes normands du sud ; la méthode la plus astucieuse est celle de Frédéric Barberousse qui fait épouser à son fils héritier, Henri VI, Constance de Sicile, tante des rois de Tancrède et Guillaume III, de sorte que Frédéric II, fils d’Henri VI, héritera des Etats d’Italie méridionale. Mais ses successeurs fantomatiques, Conrad IV, Manfred et Conrad V, se les verront enlever en deux ans : appelé par Urbain IV pour prendre la couronne des Deux-Siciles, Charles, comte d’Anjou, dernier frère de Louis IX, remportera sur les derniers Hohenstaufen les victoires de Bénévent (1266) et de Tagliacozzo (1268), qui donneront ce royaume à la nouvelle dynastie d’Anjou.

Mais Pierre III d’Aragon, ayant épousé Constance, fille de Manfred, fait valoir ses droits sur la Sicile, y débarque, en chasse les Français après leur massacre à Palerme nommé Vêpres siciliennes (1282). Pendant deux siècles (1282-1504), l’Italie méridionale est partagée en deux royaumes : celui de Naples, où règne la maison d’Anjou, celui de Sicile, où règne la maison d’Aragon. Alphonse V d’Aragon (1er de Sicile), en arrachant Naples au roi René, fait disparaître la dynastie d’Anjou (1442). Il se proclame (titre qui apparaît pour la première fois) roi des Deux-Siciles. A sa mort, les deux parties retrouvent des souverains différents, mais l’un et l’autre de la maison d’Aragon, jusqu’à ce que Ferdinand le Catholique les réunisse à nouveau (1504) et les transmettre à Charles Quint (1516).

Pendant les deux derniers siècles du Moyen Age, l’Italie septentrionale, constatant que l’émiettement du pouvoir aboutissait à des guerres intestines interminables, se donnèrent des maîtres qui transformèrent les communes en principautés héréditaires. Milan accepta la domination des Torriani, puis des Visconti, qui en firent la capitale d’un duché (1395), et enfin des Sforza. Florence vit se constituer la dynastie des Médicis (1434). Amédée VIII, comte de Savoie, réunit la Savoie, le Genevois, le Bugey, Verceil et le Piémont, et forma le duché de Savoie (1416). Mais cette période est aussi celle du grand développement des républiques maritimes. Tandis que Pise déclinait, Venise et Gênes affirmaient leur puissance.

La première institution politique de Venise est le dogat, dignité de doge, c’est-à-dire duc. Sous la direction de ces chefs, ils conquirent l’Illyrie, puis la Dalmatie, et construisirent une double flotte puissante, commerciale pour les échanges avec l’Orient, militaire pour la protéger. Durant les croisades, Venise s’enrichit doublement, en transportant contre paiement les armées chrétiennes et en continuant de commercer avec le monde musulman. En 1173, une révolte populaire abattit le doge Michieli II ; il fut décidé que désormais, siégerait auprès du doge un Grand Conseil de 480 membres. A partir de 1310, le Grand Conseil devint héréditaire. Il restait dominé par le Conseil des Dix, qui comprenait le Doge, six conseillers et les trois présidents des tribunaux.

Gênes devint indépendante dès la mort de Charlemagne. Elle se constitua en commune libre administrée par les conseils élus. En 1190, sous l’influence de Frédéric Barberousse, elle se donna un podestat. Durant le XIIe siècle, à l’imitation de Venise, elle développa son commerce dans tout l’Orient. Mais au XIIIe siècle, la paix intérieure fut rompue par les luttes entre les Guelfes, à la tête desquels étaient les Grimaldi et les Fieschi, et les Gibelins, entraînés par les Spinola et les Doria, qui s’emparèrent du pouvoir à partir de 1270. Le peuple s’en délivra en se plaçant sous l’autorité de Robert, roi de Naples, puis sous celle du roi de France Charles VI. La compétition qu’elle entretenait avec Venise en Orient provoqua entre les deux républiques une série de guerre (1293-1381). Finalement, ce furent les Turcs qui eurent raison de la puissance génoise, aux XIVe et XVe siècles, en s’emparant de ses comptoirs.

La Pologne. La Hongrie. A l’est de l’Allemagne, la Pologne commença à se former autour de Gniezno, et constitua un duché vers le milieu du IXe siècle. Le premier souverain important fut Mieszko 1er (960-992), fondateur de la dynastie des Piast. Son fils Boleslas 1er Chrobry (« le Brave ») (992-1025), fut un conquérant et étendit le territoire jusqu’à la Baltique et au cœur de la Russie. Cependant, aux XIIIe et XIVe siècles, le royaume de Pologne perdit sa façade maritime. En 1384, Hedwige, fille cadette de Louis le Grand, roi de Hongrie et de Pologne, fut élu reine de Pologne, et épousa le grand duc de Lituanie, Ladislas Jagellon, qui unit les deux couronnes (1386-1434), formant un véritable empire. En 1454, Casimir IV (1445-1492), par son mariage avec Elisabeth de Habsbourg, fille de l’empereur Albert II, accéda aux trônes de Bohême et de Hongrie.

L’histoire de la Hongrie médiévale est étroitement liée à celle de la Pologne. La mort de saint Etienne, premier roi de Hongrie, sans postérité (1038), provoqua une anarchie sanglante. Son neveu Pierre l’Allemand fut déposé et remplacé par Aba, beau-père du défunt ; mais Pierre fut rétabli par l’empereur Henri III, puis chassé par André 1er, cousin d’Etienne, auquel succéda son fils Salomon, qui fut détrôné à son tour par son oncle Bela 1er (1061), puis lui succéda deux ans plus tard ; mais Geyza, fils de Bela, fit la guerre à Salomon, dont il fut vainqueur et prit le trône (1074). A sa mort (1077), son frère Ladislas (mort en 1095) établit enfin une monarchie juste et durable, défit les Tartares, les Bulgares et les Serbes, annexa la Dalmatie et la Croatie, créant ainsi la Grande Hongrie. Bela III (1173-1196), son fils Emeric (Henri, 1196-1204) et Bela IV (1235-1270) affermirent la monarchie.

Avec Venceslas IV de Bohême, déjà roi de Pologne en 1300, élu roi de Hongrie en 1301, le royaume de saint Etienne fut associé aux autres nations de l’Est. Son fils, Venceslas V, renonça au trône en faveur d’Otton de Bavière (1305), qui abdiqua trois ans plus tard. On élut à sa place Charobert (Charles-Robert) roi de Naples (1308-1348). La Hongrie était alors au sommet de sa puissance, englobant la plus grande partie des Balkans. Son successeur, Louis 1er le Grand (1342-1382) fut roi de Hongrie et de Pologne. Sa fille Marie fut proclamée reine, tandis que sa sœur Hedwige régnait sur la Pologne ; ce fut la séparation des deux royaumes. Marie épousa en 1386 Sigismond, margrave de Brandbourg, qu’elle associa au trône, et qui fut élu en 1410 empereur d’Allemagne : ce fut un très long règne, puisqu’il mourut en 1437.

Ce fut sous Ladislas le Posthume (1445-1458) que les Turcs envahirent la Hongrie. Ladislas V, fils d’Albert d’Autriche, devenu majeur, régna conjointement sur l’Autriche, la Bohême et a Hongrie ; mais son incapacité le fit détrôner et remplacer par Mathias Corvin, fils de Jean Hunyade (1438-1490), qui sut garder cette triple couronne, non pas pour sa postérité, mais pour la maison d’Autriche qui en hérita avec Ferdinand 1er, en 1526.

L’Angleterre. Sous EtheLred II, roi de la dynastie saxonne (978-1013), l’Angleterre retourna à la domination danoise. Ce roi donna l’ordre d’exterminer tous les Danois installés dans l’île. A cette nouvelle, Sven, roi de Danemark, débarqua avec une armée sur la cote de l’Angleterre ; puis il se fit couronner roi (1013). Son successeur fut son fils, Knud 1er le Grand (1014-1035), qui, ceignit les trois couronnes d’Angleterre, de Danemark et de Norvège. Mais à la mort de Knud II (1042), Edouard, fils d’Ethelred II et de sa femme Emma, fille elle-même de Richard 1er de Normandie, réapparut et reprit la couronne de ses ancêtres ; comme il avait vécu en continence avec sa femme Edith, sa mort, en 1066, posait un épineux problème de succession.

Il y eut deux candidats : Harold, frère d’Edith, mais qui n’était nullement de race royale ; et Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, petit-neveu de la reine Emma. Harold se fit proclamer roi d’Angleterre. Le duc en appela au pape Alexandre II, qui reconnut sa légitimité. Il rassembla quatre cents navires et un millier de bateaux de transport, qui amenèrent soixante mille hommes sur la cote anglaise. Harold alla à sa rencontre, fut vaincu et tué ; et le vainqueur fut acclamé roi d’Angleterre.

Ce qui fut un changement de dynastie en Angleterre, fut en même temps une modification du statut d’une importante province française, la Normandie qui, sans changer de titulaire, devint la possession d’un roi étranger. Cette intrusion de l’étranger au cœur du territoire national s’aggravera au XIIe siècle avec l’accession de la maison d’Anjou au trône d’Angleterre.

Louis VII (1137-1180) était marié à Aliénor, fille de Guillaume X, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers, et héritière de ses Etats, dont l’ensemble couvrait près du tiers de la France. Au retour de la deuxième croisade, le roi nomma une assemblée d’évêques accommodante qui prononça la nullité du mariage. Aliénor épousa alors Henri Plantagenêt, fils du comte Geoffroy V d’Anjou (1152). Celui-ci avait hérité de sa mère Mathilde la Normandie (1150), de son père le Maine et la Touraine (1151), et fut enfin élu roi d’Angleterre (1154). Le système féodal provoquait cette étrange situation que le roi et la reine d’Angleterre étaient en possession de la moitié des domaines du royaume de France, tout en restant les vassaux du roi de France, qui les gardait en fiefs. Cet état des choses amena entre les rois d’Angleterre et de France, pendant tout le XIIe et le XIIIe siècles, des guerres continuelles.

Cette lutte trouva son prolongement dans la fameuse guerre de Cent Ans (1328-1453). L’imprévoyance des souverains français et l’indiscipline de leurs vassaux aboutirent à la prise de Paris par les Anglais et au traité de Troyes (1420) qui donnait la couronne de France au roi Henri VI d’Angleterre. Mais Charles VII, grâce à la bravoure de ses vassaux et au charisme de Jeanne d’Arc, reconquit tous les domaines tombés aux mains des Anglais, qui ne conservèrent que Calais.

Une semblable aliénation du territoire national eut lieu à la fin du Moyen Age avec la succession de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne (1477). Comme il n’avait pas de postérité masculine, ce fut sa fille Marie qui hérita de ses Etats. Epousant Maximilien, archiduc d’Autriche, fils de l’empereur Frédéric III, elle lui apporta en dot le comté de Bourgogne, ou Franche-Comté (le duché restant fief français), la Flandre, l’Artois et le Hainaut, et en outre huit autres provinces qui formèrent avec ces dernières les Pays-Bas : Limbourg, Luxembourg, Brabant, Zélande, Hollande, comtés de Namur, de Malines et d’Anvers.